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Jan 14

Pourquoi les moines se marient…

Peut-on réussir sa vie seul ?

Cet article est proposé dans le cadre de la Croisée des blogs organisée en Janvier 2012 sur le blog de Michael sur http://www.mon-couple-heureux.com/a-la-croisee-des-blogs-2012/

Je me suis demandée à quel domaine pouvait s’appliquer cette question. Réussir sa vie, pour moi ne put parler que des deux grands facteurs de réussite: l’amour et le travail.

Réussir seul et amour ne me paraissant pas très compatibles, j’ai poursuivi ma réflexion du côté de la réussite au travail.

J’ai balayé le domaine sportif où réussir seul est synonyme de bon classement, et qui dit classement dit compétition donc les autres.

Dans une entreprise qui achète mes services je ne suis pas seul car j’ai un patron et des co-travailleurs avec moi.

J’en étais au self-made man et sa dépendance à ses clients quand l’image du moine que nous avions rencontré lors d’un voyage en Thaïlande au temple de Jade a surgi dans mon esprit.

Ah, me suis-je dit, c’est peut-être un domaine où l’on peut réussir seul, même si les moines œuvrent pour le bien de tous les êtres.

Dans la communion avec le divin, mon « partenaire » n’est pas humain.

Mis à part l’aide dont j’ai éventuellement besoin sous forme d’enseignements, je peux être seul sur ma voie de réalisation et y parvenir.

 

Les mauvaises raisons qui poussent à réussir seul sa vie spirituelle


Marc-Alain Descamps, philosophe, psychologue et psychanalyse français s’amuse à démanteler avec vigueur les pièges de la quête du divin.

Comme l’être humain est divisé en de nombreuses facettes, la spiritualité étant l’une d’elles, par conséquent, tous ses aspects psychologiques non résolus vont se transposer dans ce domaine.

Son mental va choisir la voie qui lui permet de camoufler les parties sombres de son être dans un justificatif spirituel pour ne pas avoir à les travailler.

  • Celui qui est coupé de ses sensations et de ses émotions va choisir la voie du renoncement et du détachement en croyant le vivre alors qu’il ignore totalement la réalité de ses attachements.

  • Celui qui n’a jamais eu le droit d’exister ni de place dans sa vie va choisir l’humilité sans savoir qu’il n’ a, en fait d’humilité, qu’une très mauvaise estime de lui-même.

  • Celui qui a peur de la foule et ne sait pas s’inscrire dans la société va devenir ermite et fuir les hommes (et les femmes) au nom de l’esprit.

  • Le sadomasochiste et l’anorexique vont peaufiner les ascèses du corps.
  • Ceux qui sont divisés intérieurement et n’ont pas accès à leur inconscient vont confondre les ombres de leur mental avec le diable en personne .

  • Les grands frustrés choisiront la voie zen et la contrainte des pratiques sans jamais travailler leur colère au nom de la rigueur de la voie.

 

Réussir sa vie…des grands mystiques dénoncent.

Jack Kornfield dans son étonnant ouvrage «après l’extase, la lessive» nous démontre avec beaucoup d’humour comment des êtres spirituels ayant atteint des états avancés de réalisation se retrouvent impuissants à vivre dans la société avec les paramètres relationnels.

 

 

Nos réalisations et nos prises de conscience nous dévoilent la réalité du monde, elles apportent des changements mais elles passent.

Nous savons tous qu’après la lune de miel, il y a le mariage et qu’après les élections, la dure tâche de gouverner. Dans la vie spirituelle, il en va de même : après l’extase, il y a la lessive. »

Daniel Odier, écrivain français et spécialiste de la voie shivaïte s’élève lui aussi contre « le grand sommeil des éveillés ».

Chögyam Trungpa Rinpoche, considéré comme une grande réincarnation de la lignée bouddhiste Kagyu (très présente en France) a fondé en Ecosse le premier centre de pratique bouddhiste tibétain en Occident.

C’est au sortir d’une méditation qu’il su qu’il était temps d’abandonner ses vœux monastiques pour devenir un enseignant laïc et se marier.

Son cas n’est pas unique dans cette voie d’éveil.

 

Un peu à l’inverse des Thaïlandais qui envoient les jeunes prendre l’habit du moine au moins une fois dans leur vie sous forme d’une ordination temporaire, il n’est pas rare qu’au terme de vingt ans de retraite , un moine se voit envoyer dans le monde vivre une vie « ordinaire » afin de mettre en pratique les révélations de sa méditation.

Ce thème était aussi au cœur du film « samsara » de Nalin Pan dans une scène mythique où le moine s’effondre lorsqu’il comprend qu’il n’a pas à choisir entre une vie monastique et une vie de famille mais que son malaise résulte d’une profonde division dont il n’est pas venu à bout malgré ses années de méditation.

Qu’y a t-il donc de si essentiel dans la vie relationnelle ? Est-ce cela réussir sa vie?

  • La mise en pratique.
  • L’exercice du cœur en temps réel, (la méditation n’étant que les gammes) et la confrontation avec notre égo.

La spécificité de notre incarnation sur terre est la projection en trois dimensions de tout ce que nous sommes à l’intérieur et que nous ignorons.

 

Que ce soit nos ombres ou nos lumières, nous les projetons à l’extérieur sous forme de situations, de relations ou de personnes avec lesquelles nous entretenons un lien afin de les « travailler » , de les conscientiser, de les aimer et de les unifier en nous.

 

Quelle merveilleuse mise en scène qu’une relation avec ou sans enfants pour nous révéler tout ce que nous pensions avoir déjà nettoyé ? A l’aube de ce 21 ème siècle, nous avons le choix de vivre en société et en partenariat avec les autres non pas pour survivre comme au début de l’humanité mais pour s’éveiller ensemble.

 

Si du point de vue de l’esprit, nous sommes les multiples facettes d’un tout, alors nous détenons tous un morceau d’unité que nous pouvons partager, échanger afin d’agrandir notre vision et notre réalisation.

 

Pourquoi réussir sa vie seul quand l’autre a justement ce qui me fait défaut ? Chacun a la place où il excelle en inter-dépendance et co-création avec le reste de l’humanité. On peut rêver, n’est-ce pas?

Conclusion

 

Et pourtant ce sujet est au cœur de notre actualité. Sur le plan économique la Chine ne cesse d’allonger des fonds afin d’éviter un effondrement de l’économie mondiale avec ce singulier adage :

A quoi cela nous sert-il d’être les maîtres du monde si nous sommes tout seuls à jouer dans la course ?”

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La Thaïlande vous intéresse? Voyez cet article, au pays des bouddhas


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